Pourquoi nous n’avons pas d’autre choix que de changer notre manière de voyager

Le sujet de cet article n’a pas la légèreté et la fraîcheur de mes récits de voyage. Il sent la moiteur, le chaud, il prend l’eau et commence à moisir. Personne n’a pu passer à côté de cette information : les comportements de l’homme ces 50 dernières années nous emmènent tout droit vers une situation dramatique de changement climatique majeur.

Pour la faire courte, les experts et climatologues sont unanimes : le réchauffement de la planète, la dégradation très rapide de la biodiversité et la multiplication des catastrophes naturelles nous emmènent progressivement vers une situation juste totalement invivable pour l’humain sur Terre.

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne à la gorge »

Winston Churchill

Citoyenne engagée sur les sujets écologiques, mais aussi par ailleurs travel addict, avec un petit blog sur les voyages en famille, je fais face à un vrai dilemme et n’assume plus vraiment mes plaisirs coupables. Ce qui m’oblige à revoir mes engagements quant à ma manière de voyager pour les années à venir. Pourquoi devons-nous voyager plus eco-responsable?

Que nous réserve l’avenir?

« La première règle de l’écologie, c’est que les éléments sont tous liés les uns aux autres « 

Barry Commoner -Biologiste

Je pense que nous avons tous tendance à ne pas vouloir le croire, ce qui fait de nous tous des climatosceptiques à la base. Notre réaction naturelle me fait penser aux 3 petits singes mystiques: « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal ».

Que dit le fameux rapport du Giec, dont on entend tant parler? Il prévoit que si nous suivons le rythme actuel, la température de la surface de la terre devrait atteindre minimum +1.5°C entre 2030 et 2050, avec des conséquences dramatiques. Les rapports convergent tous vers les mêmes conséquences attendues : si nous ne changeons pas rapidement de paradigme, nous vivrons tous le plus grand chaos, du fait des déplacements massifs de populations pour survivre et nous nous battrons pour nous alimenter. Le phénomène pourrait s’emballer rapidement au dela d’un certain seuil : de nombreuses iles et côtes seraient englouties par les eaux, les ouragans, cyclones et records de chaleur s’intensifieraient, des épisodes de froid polaire apparaitraient en Europe, et nous assisterions à l’extinction progressive des espèces animales et végétales (déjà 80% des insectes disparus en l’espace de 30 ans en Europe!), ce qui aboutirait à la diminution des rendements agricoles, au déplacement de 250 millions de refugiés climatiques, … Explosion de la pauvreté, recrudescence des maladies, guerres… Ceci n’est pas le pitch d’une nouvelle série « catastrophe » sur Netflix, mais bien ce qui nous attend!

Je dis « nous attend », car svp, faisons le rapide calcul : si vous faîtes partie, comme moi, des générations 1975-90, la plupart d’entre nous devrions toujours être là pour vivre ça et nos enfants devraient théoriquement, commencer leur vie d’adulte en 2030. Et là, quand on réalise cela, en général ça prend aux tripes non ? Sommes-nous prêts à regarder nos enfants droit dans les yeux en leur disant que « nous savions », mais que nous avons continué, comme si de rien n’était? Comment expliquer à nos enfants qu’il ne leur restera que les maigres miettes d’un monde que nous avons sur-exploité sans relâche et en toute connaissance de cause pendant 50 ans?

Bon, c’était la minute « drama et culpabilisation ». Heureusement tous les experts confirment aussi que nous pouvons encore redresser la situation si nous reprenons chacun rapidement en main nos comportements destructeurs.

Alors que peut-on faire?

« Il n’y a pas de passagers sur le vaisseau Terre. Nous sommes tous membres de l’équipage »

Marshall McLuhan

Déjà, on peut se poser la question, faut-il agir individuellement et/ou collectivement? Et là, ce sont souvent les mêmes objections à l’action, qui reviennent:

« Oui, mais, ce que je mets en place à mon niveau, cela ne suffira jamais!« 

« Il faudrait d’abord que le gouvernement français se prenne en main sur le sujet »

ou encore « même si la France redresse sa trajectoire, cela ne compensera pas l’impact négatif des Etats-Unis ou de la Chine ».

« Celui qui déplace une montagne commence par déplacer de petites pierres »

Confucius

Bien sur, il faudra des changements profonds à tous les niveaux. Cependant mes dernières lectures à ce sujet (Cyril Dion, Paul Hawken, Maxime de Rostolan, ….) m’ont rassurée sur cette question. Tout d’abord, il n’est pas trop tard. Et secondo, l’Histoire nous montre que toutes les grandes révolutions ne sont pas nées sur le terrain politique, mais sur le terrain tout court. Les grandes révolutions sont nées d’un effet boule de neige, partant des actions de ceux qui avaient une vraie vision d’un monde meilleur. A l’image du message porté par Martin Luther King « I have a dream », les grandes victoires sont toujours une succession de petites victoires.

« Le peu qu’on peut faire, le très peu qu’on peut faire, il faut le faire »

Théodore Monod – Scientifique naturaliste biologiste et explorateur

Dans notre famille, cela fait quelques années que nous sommes engagés sur le sujet et que nous « balayons progressivement devant notre porte ». Cela n’est pas toujours facile, mais c’est important pour nous, notamment dans la manière dont nous élevons nos filles. Je suis d’ailleurs tellement fière de la manière dont elles portent aujourd’hui naturellement ces sujets auprès de leurs copains !

Exposé spontané de notre fille à sa classe de CE2, sur un carton de caisse de vin recyclé pour l’occasion

Je réalise que nous avons petit à petit mis en place de nombreuses actions en l’espace de quelques années, dans notre manière d’acheter, de consommer,…. Pour en citer quelques unes:

  • Nous cherchons à bannir de notre vie les emballages non-recyclables (plastiques souples et barquettes, pompotes, capsules de café…) et nous essayons de limiter nos déchets recyclés et recyclables au minimum. Nous achetons par exemple toute notre épicerie en vrac (avec nos petits bocaux et sacs à vrac dans les épiceries Day By Day, où on trouve à peu près tous les produits de 1ère nécessité en version vrac)
  • Nous privilégions les produits bruts, bio, locaux. Nous avons drastiquement réduit notre consommation de viande. Nous avons exclu de notre liste de courses les fruits et légumes qui ne poussent qu’au delà du pourtour méditerranéen, (exit les avocats, bananes, ananas, litchis,…). C’est d’ailleurs tellement dommage de trouver majoritairement des kiwis néo-zélandais sur le marché français, alors que nous produisons d’excellents kiwis bio sur le territoire !
  • Nous avons la chance de pouvoir composter nos biodéchets dans notre jardin pour booster notre potager l’été avec notre compost
  • Nous nous déplaçons quotidiennement en vélo pour nous rendre au travail. Monsieur traverse tout Paris du Val de Marne jusqu’à la Défense en vélo chaque jour (40km par jour!)
  • Nous avons simplifié nos routines d’entretien (fait-maison) et de beauté, notamment avec des cosmétiques solides, du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude, du savon noir ou de Marseille,…
  • Nous entamons la rénovation énergétique de notre maison (isolation, fenêtres, voltaique, récupération des eaux de pluie…)
  • Nous préférons chiner pour la décoration, les meubles, acheter des jeux et livres pour les enfants d’occasion,…

Sur certains sujets, on peut nous classer dans la catégorie des « décroissants », ces personnes qui ont revu profondément leurs comportements d’achat, de consommation, de vie pour limiter au maximum leur impact négatif sur le climat. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la plupart de ces actions ne sont pas vécues comme des contraintes et nous en tirons beaucoup de bonheur. La fameuse sobriété heureuse !

Chacun peut agir à son niveau et en fonction de ses moyens. Je suis évidemment consciente de la chance que nous avons de pouvoir nous payer du bio pour notre alimentation sans trop se questionner, d’avoir pu nous acheter un vélo électrique ou encore de pouvoir entamer une rénovation énergétique de notre maison. J’estime que c’est avant tout aux ménages, aux pays et aux continents les plus aisés de « faire leur part » en priorité, puisque ce sont les mêmes qui polluent le plus.

Ceci dit, avec du recul, on réalise qu’on peut aussi faire beaucoup d’économies en cuisinant plus soi-même, en achetant des produits bruts en vrac, en simplifiant ses routines, en se déplaçant en vélo plutôt que de prendre la voiture pour des trajets courts, en arrêtant d’acheter des choses neuves inutiles,…

Et le voyage?

 

Mais voila ! Toutes ces bonnes actions ne sont-elles pas mineures, comparées au bilan carbone de nos voyages?

Nous avons en effet gardé pour la fin les changements les plus difficiles à mettre en place pour nous (et pourtant ceux qui auraient le plus d’impact !). Nous n’avons pas encore atteint un alignement personnel optimal dans deux grands domaines:

  • Nos jobs. De plus en plus difficile pour ma part, quand on prône un nouveau paradigme dans la sphère personnelle, d’assumer pleinement un job dans la grande consommation, au service de la grande distribution… Comme le dit si bien Cyril Dion, on ne peut pas affirmer « Je travaille chez Monsanto, mais j’y vais en vélo, alors tout va bien ! ». Mais bon, ce n’est pas l’objet de cet article pour le moment. Un jour, j’arriverai peut-être à un alignement parfait de mes planètes !
  • Le voyage. On arrive au cœur du sujet. Le transport est le 1er poste contributeur aux émissions de Co2 en France (38% en 2017 – source : Citapa). Le transport et fret aérien représentent 2 à 3% des émissions globales de Co2. Comme l’explique Maxime de Rostolan dans son livre « On a 20 ans pour changer le monde », en gros, un vol A/R pour New York écrase tous vos efforts de l’année pour limiter votre impact ! Si on prend en compte la capacité de la biosphère à séquestrer le carbone sans qu’il ne s’accumule dans l’atmosphère, chaque humain a au maximum 1,7 tonnes de CO2, soit 10 000km en voiture ou moins d’un A/R à New-York en avion. Toute personne qui épuise ce crédit, vit sur le dos d’autres êtres humains et ils devront tous en subir les conséquences.

Mais alors, devons-nous arrêter de voyager? Dois-je rebaptiser mon blog voyage « Moutarde et Chardon », pour remplacer « Piment et Cactus » et me concentrer sur le voyage en France ?

Récemment une infographie Novethic/BL Evolution , qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, a mis en avant les mesures radicales à prendre pour revenir sur la bonne trajectoire à +1.5° d’ici 2030. Il faudrait, entre autres, diminuer les transports aériens de 72% avec comme mesures proposées : suppression des vols intérieurs ayant une alternative par la route ou en train en moins de 4h, interdiction des vols hors Europe non justifiés d’ici 2020, autorisation de 2 vols longs courriers pour les jeunes de 18 à 30 ans, instauration d’une loterie nationale offrant 500 000 vols par an,…

Aïe, aïe aïe… Difficile de s’y résoudre lorsqu’on est travel addict ! Et quel dommage de se replier sur soi et de se passer de tous les bienfaits du voyage ! « Le voyage forme la jeunesse », ouvre l’esprit, les shakras,… Le voyage participe aussi à la prise de conscience de l’urgence à protéger la planète et aussi au partage des solutions originales ou bonnes pratiques !

« Rien ne développe l’intelligence comme les voyages »

Emile Zola

« Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui. »

Montaigne

En attendant que ces mesures coercitives soient surement un jour mises en place, je dois me résoudre à repenser notre manière de voyager.

Nous n’arrêterons pas le voyage, nous continuerons de visiter la famille de Mister Piment en Martinique, nous n’annulerons pas nos prochains vols déjà bookés pour Marrakech,… Mais nous avons tellement voyagé récemment dans des endroits paradisiaques à l’autre bout de la planète, que nous pouvons « faire notre part », en nous responsabilisant davantage : Plus local, moins d’avion, un mode de vie encore plus propre sur place, continuer d’éduquer nos enfants sur la préservation des écosystèmes naturels, …

J’ai donc réfléchi aux engagements que je souhaite mettre en place pour notre famille d’ici fin 2020, sur notre manière de voyager. Voyager plus eco-responsable.

Lisez  » Mes 8 engagements pour des voyages plus eco-responsables avec ma famille d’ici 2020« 

Je m'appelle Maïwenn et j'ai 38 ans, Je suis travel addict, amoureuse d'outdoor, et bonne vivante. Je suis aussi très engagée dans les sujets écologiques. J'ai deux jeunes pousses et graines de voyageuses, Piment et Cactus, de 6 et 8 ans, qui ne manquent pas de piquant ! Sur ce blog Piment et Cactus, je partage nos récits de voyage et aventures pimentées en tribu, en France et à l'étranger. Je m'engage également à voyager plus écoresponsable et à partager les bonnes pratiques sur ce blog. Suivez-vous et profitez de nos bonnes adresses et coups de cœur.

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